Take Me (I’m Yours) – la Monnaie de Paris

• 29/10/2015 • Commentaire (0)

J’ai récemment eu la chance et le plaisir d’être invitée à la Monnaie de Paris pour l’exposition Take Me (I’m Yours) qui s’est largement fait connaître du public parisien, notamment grâce à sa chouette campagne d’affichage métropolitaine.

Avant de vous en dire plus sur cette exposition qui mérite largement qu’on s’y attarde, je vous signale que je partage avec vous en fin de post deux coups de coeur que je n’aurai pas le temps d’évoquer autrement : Isabelle Girollet à la Galerie Françoise Durst et Philippe Halsman au Jeu de Paume.

Take Me (I’m Yours) – la Monnaie de Paris

La Monnaie de Paris accueille donc en ses nobles murs l’exposition Take Me (I’m Yours) où, chose ô combien inconcevable, le public est autorisé à repartir avec les oeuvres. Une proposition alléchante qui a suscité bien entendu la curiosité chez moi et aussi une forme d’appréhension, un peu nourrie par le visuel clé de l’exposition : « Est-ce que ça vaut vraiment le coup d’aller regarder des piles de fringues ? Pourquoi diable emporterais-je une écharpe recyclée avec moi ? … »

boltanski

Dispersion de Christian Boltanski et une affiche « Untitled’ de Felix Gonzalez-Torres

Réponse :

1) oui, ça vaut le coup (en plus il y a beaucoup d’autres choses à voir)
2) ce n’est pas tant ce qu’on emporte qui a de l’importance mais ce qui nous pousse à l’emporter.

J’ai beaucoup apprécié cette visite et les sympathiques accompagnateurs de la Monnaie de Paris qui ont commenté le parcours avec passion n’y sont pas pour rien. Je vous encourage d’ailleurs si vous souhaitez faire l’exposition à prendre également un guide, sous peine de passer à côté de beaucoup de choses et de ne comprendre l’exposition qu’en surface.

J’ai bien aimé la façon dont notre accompagnateur appréhendait l’exposition, valorisant les notions de « don » et de « partage », là où l’on pourrait croire à une volonté d’interactivité, devenue si tendance. Soutenue par la mélodie de « Mon beau sapin » qui résonne joyeusement dans l’exposition toutes les 10 minutes (c’est très amusant), cette dimension généreuse s’inscrit en cohérence avec les activités Monnaie de Paris : on fabrique de la valeur et on questionne cette valeur. Ici celle de l’art, comme c’est régulièrement le cas dans ces murs. Que vaut une oeuvre si on peut l’emporter gratuitement ? Si tout le monde peut l’avoir ? Si elle est désacralisée au coeur du lieu-même où elle est exposée ?

Et au cours de ce questionnement formé par les oeuvres des 44 artistes sollicités pour l’occasion, un autre bien plus personnel et bien plus profond s’insinue : cette exposition parle de nous, de nos comportements.

C’est drôle comme notre état d’esprit évolue au fil des salles. Avant-même d’arriver sur place, je m’étais demandé si j’oserai toucher ce qui m’entoure, et même prendre des oeuvres. A la fin, je suis rentrée chez moi nantie d’un sac plein d’objets divers et variés… que j’ai laissé de côté et que je rouvre seulement plusieurs jours après pour les besoins de ce post. – vous noterez comme j’ai du mal à dire « oeuvres » maintenant qu’elles sont sorties de leur contexte…

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Mes victuailles.

Mes victuailles comprennent donc :

  • Le sac délivré à l’entrée de l’exposition qui combiné à un de vêtement de Dispersion vous donne un véritable Boltanski,
  • Un print de Felix Gonzalez-Torres,
  • Des cartels à emporter qui ne sont pas des oeuvres d’ailleurs,
  • Une Tour Eiffel « de » Hans-Peter Feldmann,
  • Un pochoir de Laurence Weimer qui clame que l’art est à tout le monde pour refaire un Laurence Weimer chez moi,
  • Un badge de Gilbert et George,
  • Un journal « !questions de femmes! » de Jef Geys
  • Un DVD à usage unique qui s’use au fil de la lecture et qui contient un film dont j’ai malheureusement oublié le nom

Mais pourquoi donc ai-je pris ces choses dont je n’avais pas besoin ou qui ne m’intéressent pas suffisamment pour être sorties de leur sac ? Le véritable intérêt de l’exposition est là, c’est non pas avec des oeuvres à emporter que l’on rentre chez soi, mais avec un morceau de soi que l’on a (re)découvert et que l’on questionne aussi.

Si la réflexion peut paraître sérieuse, on s’amuse beaucoup, pêchant des boîtes de conserve à la ligne, piochant dans un tapis de bonbons à la menthe, marchandant avec un artiste performer, et même emportant les cartels des oeuvres qui se détachent comme des feuilles de bloc-notes. Un bon moment, à faire sans problème avec vos enfants puisque pour une fois, ils ont le droit de toucher à tout et que c’est gratuit pour les moins de 13 ans. :)

Jusqu’au 8 novembre.

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Les cartels à emporter <3

 XXX 

Isabelle Girollet – Galerie Françoise Durst 

Mes amis et moi avons été sympathiquement reçus par Helena qui, comme tous les gens passionnés, sont passionnants. Elle nous a présenté le travail d’Isabelle Girollet, exposée en ce moment et jusqu’au 7 novembre. On a ici affaire à une photographie très décorative, réalisée sur des tirages grand format de très haute qualité qui font forte impression. Les aplats de couleur et les mélanges de texture intriguent, on admire sans trop savoir ce que l’on regarde, et parfois, ça fait du bien aussi le beau pour le beau. :)

Cosmos et Canicule, Isabelle Girollet - Photo Galerie Françoise Durst

Cosmos et Canicule, Isabelle Girollet – Photo Galerie Françoise Durst

Galerie Françoise Durst 15 rue de la Tour 75116 Paris

Philippe Halsman – Jeu de Paume

 

« Pour moi, la photographie peut être une chose à la fois profondément sérieuse et extraordinairement amusante. »

Si vous me suivez sur Twitter et Snapchat (camillejouneaux), vous savez que je me suis rendue pas plus tard qu’hier à cette exposition que j’avais déjà recommandée par deux fois. J’aimerais vous dire que l’inventeur de la Jumpology vous donne envie de « jumper » avec lui, tant cette exposition respire la bonne humeur. Les fantaisies daliniennes sont pleines d’inventivité et Marilyn n’a jamais eu l’air si vivante. Quant aux portraits, ils ont l’air de portraiturer leurs sujets au-delà de leur apparence et avec une économie de moyen saisissante. En somme, une jolie bouffée de bonheur et d’énergie à s’offrir et même un petit « jump » à la sortie sur le stand dédié si le coeur vous en dit. :)

Philippe Halsman, autoportrait, 1950

Philippe Halsman, autoportrait, 1950

Galerie du Jeu de Paume
Jusqu’au 24 janvier 2016
10€ en plein tarif

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