L’Inca et le Conquistador – Musée du Quai Branly

• 07/07/2015 • Commentaire (0)

Si j’ai peu écrit ici ces derniers temps, je n’en ai pourtant pas perdu mon assiduité muséale. J’ai dernièrement admiré la magnificence des portraits des Tudors et ceux peints par Velazquez, j’ai rendu visite à Le Corbusier, me suis perdue avec délice entre le profane et le sacré chez Poussin

Je reprends aujourd’hui mes habitudes digitales avec l’exposition L’Inca et le Conquistador, visitée ce week-end. A noter tout d’abord : le Musée du Quai Branly est assez sympathique pour étendre la gratuité du premier dimanche du mois à l’ensemble de ses expositions temporaires, mais s’il avait fallu payer, c’eut été avec plaisir tant cette exposition m’a plu !

L’Inca et le Conquistador a la rare qualité de parvenir à créer une véritable tension dramatique. La scénographie, maline et élégante, vient servir un storytelling dense certes, mais bien rythmé.

Quasiment comme dans un western, on découvre les protagonistes de l’histoire tour à tour. La scénographie les oppose l’un à l’autre, ils sont face à face certes mais se dédaignent du regard respectivement, et l’on attend que l’histoire qui se raconte sous nos yeux les confronte.

Côte-à-côte ici, les deux portraits se font face dans l'exposition.

Côte-à-côte ici, les deux portraits se font face dans l’exposition.

On suit d’un côté les pérégrinations de Pizzaro, le conquistador, et de l’autre l’accession au pouvoir de l’Inca Atahualpa. En attendant leur rencontre et son issue qu’on sait déjà terrible, on découvre dans chaque camp, armes et vêtements, cartes anciennes et vases en terre cuite… Chaque objet, au-delà du témoignage factuel qu’il apporte, est prétexte à dérouler l’histoire des protagonistes. Les cartels sont truffés d’anecdotes sur les méprises culturelles entre conquérants et autochtones.

Ne connaissant pas l'écriture, les Incas se servaient d'un système de cordelettes nouées, nommé Quipu, pour enregistrer des informations.

Ne connaissant pas l’écriture, les Incas se servaient d’un système de cordelettes nouées, nommé Quipu, pour enregistrer des informations.

On découvre de la culture Inca, sa richesse, ses cruautés aussi (l’anecdote du tambour en peau d’ennemi m’a particulièrement marquée…). Côté Conquistador, l’exposition n’a de cesse de casser les mythes. On apprend ainsi que le Morion casque archétypale de ces explorateurs n’est en fait qu’un ajout tardif. Et s’il est vrai qu’ils impressionnaient par leurs chevaux, animaux inconnus des Incas à l’époque, il est peu probable qu’ils furent aussi richement parés d’armure qu’on a bien voulu le penser.

Morion, vers 1580-1585

Morion, vers 1580-1585

L’histoire se termine forcément mal pour les Incas qui voient disparaître leur civilisation, victime de la colonisation, et l’on jette en fin d’exposition un regard sévère sur ces conquérants cupides. Cependant, au-delà de rétablir une « vérité » sur ce que fut réellement la conquête de l’Amérique du Sud par les explorateurs espagnols, les conservateurs nous rappellent que l’histoire se réécrit à chaque fois qu’on la relit, qu’il n’y a ni vainqueurs, ni vaincus, seulement des descendants, héritiers de ces événements. Joli.

Vase en forme de tête de lama (Cuenca, Equateur, Culture Inca, 1450-1532)

Vase en forme de tête de lama (Cuenca, Equateur, Culture Inca, 1450-1532)

Informations pratiques :
Exposisition l’Inca et le Conquistador – Musée du Quai Branly
Accès par les stations Ecole Militaire (ligne 8) ou Alma-Marceau (ligne 9)
Du 23 juin au 20 septembre 2015, du mardi au dimanche