De Rubens à Van Dyck – Pinacothèque de Paris

La Pinacothèque de Paris propose en ce moment une exposition intitulée De Rubens à Van Dyck, les chefs-d’oeuvre flamands de la collection Gerstenmaier.

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N’ayant pas trop d’illusions sur le fait que Rubens et Van Dyck, s’ils sont les premiers cités pour appâter le chaland, ne seront pas majoritairement représentés, j’étais tout de même très curieuse de découvrir cette fameuse collection. Et grand bien m’en a fait !

Parmi les 59 oeuvres présentées (une exposition relativement courte donc mais pour une fois à la Pinacothèque au prix abordable de 10€), nombre d’entre elles sauront ravir vos yeux.

Sans déflorer le sujet, je vous propose de retrouver ci-dessous mes découvertes les plus marquantes :

Le Rubens de l’affiche est effectivement splendide et sa lumière semble aller jusqu’à éclairer le visiteur tant elle est vive. A noter également, une Adoration des Anges et des Bergers par Matin De Vos, volant la vedette à bien d’autres qui l’entourent.

La Vierge dite de Cumberland, Rubens (1577-1640), non datée, huile sur bois

La Vierge dite de Cumberland, Rubens (1577-1640), non datée, huile sur bois

L'Adoration des Anges et des Berges, Martin De Vos (1532-1603), 1593, huile sur bois

L’Adoration des Anges et des Bergers, Martin De Vos (1532-1603), 1593, huile sur bois

L'Adoration des Anges et des Berges, Martin De Vos (1532-1603), 1593, huile sur bois

L’Adoration des Anges et des Bergers (détail), Martin De Vos (1532-1603), 1593, huile sur bois

Les natures mortes sont également à l’honneur, avec parmi toutes les belles compositions qui nous sont proposées, un Vase de fleurs de Gaspar-Pieter Verbruggen le jeune.

Vase de fleurs, Gaspar-Pieter Verbruggen le jeune (1664-1730), non datée, huile sur toile

Vase de fleurs, Gaspar-Pieter Verbruggen le jeune (1664-1730), non datée, huile sur toile

La section « Thèmes mythologies » fait la part belle à l’excellente série de gravures « Thèmes mythologiques et allégoriques » de Hendrick Goltzius, un vrai coup de coeur. Le travail est si affirmé qu’il donne à celui qui le contemple le sentiment que rien n’eut pu être représenté autrement. Il dégage une force, une évidence qui vous laissent coi.

Les Quatre Éléments, série des Thèmes Mythologiques et Allégoriques 1/8), Hendrick Goltzius, 1588, gravure au burin estampée sur papier

Les Quatre Éléments, série des Thèmes Mythologiques et Allégoriques 1/8), Hendrick Goltzius, 1588, gravure au burin estampée sur papier

Les Cinq Sens, série des Thèmes Mythologiques et Allégoriques 2/8), Hendrick Goltzius, 1588, gravure au burin estampée sur papier

Les Cinq Sens, série des Thèmes Mythologiques et Allégoriques 2/8), Hendrick Goltzius, 1588, gravure au burin estampée sur papier

Quant à la série de Van Dyck qui servit à illustrer l’ouvrage « Iconographie, ou Vie des hommes illustres du XVIIè siècle », elle nous offre à voir de belles physionomies expressives et caractérisées.

Portrait de Pieter Brueghel le jeune, série tirée de louvrage intitulée Iconographie, ou Vie des Hommes illustres du XVIIè siècle, Anthony Van Dyck, 1626, gravure à leau forte estampée sur papier vergé

Portrait de Pieter Brueghel le jeune, série tirée de louvrage intitulée Iconographie, ou Vie des Hommes illustres du XVIIè siècle, Anthony Van Dyck, 1626, gravure à leau forte estampée sur papier vergé

Portrait de Paulus du Pont, série tirée de louvrage intitulée Iconographie, ou Vie des Hommes illustres du XVIIè siècle, Anthony Van Dyck, 1626, gravure à leau forte estampée sur papier vergé

Portrait de Paulus du Pont, série tirée de louvrage intitulée Iconographie, ou Vie des Hommes illustres du XVIIè siècle, Anthony Van Dyck, 1626, gravure à leau forte estampée sur papier vergé

N’hésitez donc pas à aller voir cette exposition pour ses oeuvres… et seulement pour ses oeuvres. En ce qui concerne la scénographie, vous repasserez… Cela dit, ça explique peut-être aussi le tarif très abordable…

Si j’ai grandement apprécié les éclairages biographiques apportés dans les cartels, c’est sans doute la seule chose positive que je retiens de cette exposition sur sa forme. En arrivant, j’ai été frappée par les couleurs utilisées pour le décor : violet et jaune vif, un choix qui parait pour le moins arbitraire, qui ne reflète pas l’ambiance de l’affiche, ni les palettes des peintres évoqués. Sans parler des textes noirs sur fond blanc à la titraille rouge qui jurent étrangement avec les choix chromatiques évoqués ci-dessus…

Passé l’étonnement, je me rends compte que j’ai déjà vu cela quelque part… En effet, c’est le décor de l’exposition Klimt qui s’est déroulée juste avant dans les mêmes murs et que la Pinacothèque a tout juste adapté pour son nouvel événement. On retrouve même les bancs en escalier utilisés pour créer une station d’écoute musicale en contemplant la Frise Beethoven. Cette disposition était judicieuse pour Klimt, mais dans ce nouveau contexte, elle semble totalement hasardeuse.

Honnêtement, j’ai eu l’impression d’aller dîner au restaurant et de manger dans la vaisselle de la veille. Manque de temps, manque d’argent… J’imagine qu’il y a une bonne raison à cette économie de ressources, mais c’est vraiment dommage car les oeuvres exposées méritent mieux et les visiteurs aussi.

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Klimt. La Sécession à Vienne – Pinacothèque de Paris

Après une première et vaine tentative due a la fréquentation élevée du lieu le samedi après-midi, j’ai enfin pu visiter l’expo Au temps de Klimt, la Sécession à Vienne à la Pinacothèque, sans trop faire la queue. Si vous souhaitez faire de même, je vous conseille très fortement de vous armer de patience et d’un billet électronique ou d’y aller avant 13h le week-end.

L’exposition retrace la vie et la mort de la Sécession à Vienne dont Klimt faisait partie des principaux protagonistes. Il s’agit d’un collectif d’artistes qui décida de rompre avec une vision de l’art devenue commerciale, pour un art total qui s’exerce pour sa propre évolution et non dans la contrainte pécuniaire.

Bon, la bande-annonce est un peu académique mais elle résume bien le sujet :

 

Mon avis en résumé :

Je suis sortie vraiment ravie de cette exposition. Le propos est dense et fouillé, mais accessible pour autant. Le contexte historique et politique est très bien posé et introduit parfaitement le travail de Klimt et de ses consorts pour ensuite le dérouler de façon assez complète. On a l’occasion d’admirer de belles œuvres, dans des exercices assez variés (sculpture, peinture, mobilier…).

 

La muséographie :

La mise en scène de l’exposition est extrêmement soignée. Le parcours est jalonné de meubles d’époque qui vous aident à vous plonger dans la Vienne d’entre deux siècles et donnent une allure raffinée à l’ensemble. Je pense par exemple aux deux belles têtes, dites grotesques, de Ferdinand Andri qui entourent les Feux-follets de Klimt ou à la colonne sur laquelle repose une belle statue équestre de François-Joseph par Frantz Metzner.

Têtes grotesques de Ferdinand Andri (1902) qui entourent les Feux-Follets de Klimt (1903), photo par Arina Skobelina, Palazzo Reale, Milan

Têtes grotesques de Ferdinand Andri (1902) qui entourent les Feux-Follets de Klimt (1903), photo par Arina Skobelina, Palazzo Reale, Milan

Ce décor vient servir un parcours bien construit, imaginé consciencieusement. Le contexte politico-historique est posé dès le début, tout comme l’histoire de la naissance de la Sécession. Celle-ci est même répétée à plusieurs reprises sur différents panneaux, cela peut sembler redondant mais on sent la volonté d’insister sur la bonne compréhension du sujet, la seule notion qui est restée un peu abstraite pour moi et qui méritait d’être un peu plus explicite est celle de l’historicisme.

L'Hymne à la Joie, faisant partie de la frise Beethoven, 1902, 220 × 240 cm, Galerie Osterreichiches, Vienne

L’Hymne à la Joie, faisant partie de la frise Beethoven, 1902, 220 × 240 cm, Galerie Osterreichiches, Vienne

Quoi qu’il en soit, le récit de la Sécession se déroule comme la frise de Klimt au son de Beethoven, pour nous emmener jusqu’au cœur de son oeuvre, ici représenté par Judith et Salomé. Le parcours se poursuit par l’approche du paysage puis du portrait, toujours par les peintres de l’époque.

 

Les oeuvres :

On admire de très belles choses au cours de cette exposition.

La frise reconstituée de Klimt est forcément impressionnante. On appréciera également en début d’exposition la Philosophie et la Médecine, dont on ne garde malheureusement que des épreuves puisque les oeuvres originales furent détruites par les nazis, et je ne parle même pas de sa Judith et de sa Salomé qui captent les regards non sans raison. On retrouvera d’ailleurs dans la même salle, d’autres artistes qui font écho au travail de Klimt, comme la Sensualité de Franz von Stuck.

Judith, Gustav Klimt, 1901 - Österreichische Galerie Belvedere

Judith, Gustav Klimt, 1901 – Österreichische Galerie Belvedere

Ceci étant dit, les autres artistes sont loin d’être en reste. J’ai beaucoup aimé dans la même salle que les deux oeuvres citées ci-avant le travail d’Engelhardt qui signe un bel autoportrait, ainsi qu’une scène de café parisien qui n’est pas sans rappeler Degas, tandis que les peintures de Harta et Kurzweil semblent faire écho à Cézanne et annoncer Braque.

Josef Engelhart Café parisien 1891 • Pastel sur carton Courtesy Kunsthandel Giese & Schweiger, Vienne

Josef Engelhart Café parisien 1891 • Pastel sur carton Courtesy Kunsthandel Giese & Schweiger, Vienne – via Le Journal des Peintres

Edgar Degas (1834-1917) Dans un café, dit aussi L'absinthe 1873 Huile sur toile H. 92 ; L. 68,5 m Paris, musée d'Orsay Legs du comte Isaac de Camondo, 1911 © RMN-Grand Palais (Musée d'Orsay) / Hervé Lewandowsk

Edgar Degas (1834-1917), Dans un café, dit aussi L’absinthe, 1873, Paris, musée d’Orsay, © RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / Hervé Lewandowsk

Plus loin, on admirera un bas-relief mythologique en cuivre repoussé de Georg Klimt, qui passe un peu inaperçu accroché fasse à la magistrale frise de son frère. Et, dans la partie consacrée à la femme, fragile d’abord, fatale ensuite, on pourra admirer deux beaux bronzes, dont la Puberté de Jan Stursa.

La dernière partie de l’exposition ne vous laissera pas en reste avec deux très belles oeuvres dans la section consacrée aux paysages. On retrouve dans l’Hiver, de Gustav Jahn une très belle lumière, l’effet du soleil rasant sur la neige est particulièrement bien rendu et l’on entend presque l’eau couler quand on s’attarde sur les remous de la rivière.

On reste ensuite fasciné devant la perspective de Moll, dans Anna Moll au jardin, qui vous emmène justement au fond de ce jardin de façon assez irrésistible.

Carl Moll. Anna Moll au jardin sur la Hohe Warte. Après 1907. Huile sur toile. Kunsthandel Freller, Linz via

Carl Moll. Anna Moll au jardin sur la Hohe Warte. Après 1907. Huile sur toile. Kunsthandel Freller, Linz via

Enfin, dans la partie dédiée aux portraits, on s’attendrira devant les regards d’enfant subtilement rendus par Graf et Kurzweil, mais l’on restera surtout bouche bée devant le portrait féminin de Klimt d’un réalisme absolument virtuose.

Vous l’aurez compris, il s’agit-là d’une belle exposition qui vaut le détour, même si, seuls bémols, l’entrée est un peu chère (14€ en plein tarif tout de même) et le catalogue l’est aussi (45€) pour le peu de texte qu’il semble contenir.

Informations pratiques :

Jusqu’au 21 juin 2015 à la Pinacothèque 2 de Paris, 8 rue Vignon (Métro Madeleine)
Sur place – PT : 14€ / TR : 11,50€
En réservation sur Internet – PT : 15,50€ / TR 13€

Le mythe Cléopâtre : l’essor – Pinacothèque de Paris

A la suite d’un premier post qui détaille la partie « création » de l’exposition Le mythe Cléopâtre qui se tient en ce moment à la Pinacothèque, je reviens sur le sujet pour vous parler aujourd’hui du second volet de l’exposition consacré à l’essor du mythe de Cléopâtre dans les arts.

La présentation de l’exposition située au début du premier volet nous propose en effet d’illustrer la façon dont le mythe fut incarné avec succès.

Affiche de l'exposition

Affiche de l’exposition

Mon avis en résumé :

Ce second volet moins dense offre quelques belles toiles du XVIIè siècle et nous donne l’occasion d’admirer les sublimes costumes des cantatrices et actrices qui ont incarné Cléopâtre. Je pense cependant que cette seconde partie, comme la première, pâtit de quelques manques et d’un agencement des œuvres discutable. On aurait aimé comprendre les mécanismes de l’installation de ce mythe, là où l’on en voit simplement les effets. Par ailleurs, l’évocation du mythe se fait par un nombre d’oeuvres et de disciplines assez réduit.

La muséographie :

Ce second volet présentant moins d’œuvres, le parcours est très aéré, on peut donc admirer les toiles à loisir. Les costumes sont bien mis en valeur et l’on appréciera écrans et casques audio qui permettent de voir des extraits des films qui dépeignent Cléopâtre et d’écouter les opéras dans lesquels elle figure.

J’ai en revanche trois bémols : Tout d’abord, entre le volet précédent et celui-ci, on a quand même une ellipse d’environ 1500 ans. On passe de l’antiquité au XVIè siècle sans que cela soit justifié. Ensuite, j’aurais trouvé cela plus intéressant d’ordonner les œuvres chronologiquement, on ne comprend pas bien pourquoi une oeuvre du XVIè siècle est présentée à proximité d’un tableau contemporain alors que les peintures du XVIIè siècle étaient exposées à l’étage précédent. Enfin, on ne saisit pas non plus pourquoi une vidéo présente une pièce de théâtre et un point audio propose d’écouter l’opéra de Berlioz au milieu de la section « Beaux-Arts » alors que ces deux disciplines sont évoquées plus tard dans l’exposition.

Les œuvres :

La section Beaux-Arts nous offre notamment de belles peintures du XVIIè siècle (mon péché mignon), comme celles de Reni ou de Lanfranco. Les costumes d’opéra sont splendides et l’on s’émerveille forcément devant les robes portées par Elisabeth Taylor. Toutefois, la notion d’essor se trouve ici plus ou moins résumée en quelques peintures, deux pièces de théâtre et une dizaine d’extrait vidéo. Si Cléopâtre est le mythe dont on nous parle, où sont les livres, la poésie, la photographie, la pop culture ? Quitte à évoquer Dante, pourquoi ne pas avoir cité les textes ? Quitte à évoquer la colle et le savon éponymes évoqués en introduction, pourquoi n’avoir pas consacré une section à cette culture de masse qui a aussi contribué à célébrer le mythe ?

Mes 3 œuvres préférées

Cléopâtre de Dionisio Calvaert
Dès le premier coup d’oeil et sans même connaître le nom de l’artiste, on peut se rendre compte que cette peinture bénéficie d’une double influence italo-néerlandaise. Je m’explique : d’un côté, c’est une peinture où le dessin prime (versus la couleur) et elle porte les marqueurs du maniérisme, mouvement né en Italie, qui s’exprime ici principalement au travers de cette position tortueuse et de la couleur rose acide du drap, peut-être aussi (mais je ne suis pas sûre) de l’expression ambigüe de Cléopâtre, dont on ne sait si elle souffre ou elle jouit. D’un autre côté, on aperçoit à l’arrière plan que la chambre de la pièce s’ouvre sur une autre pièce, qui semble, elle, s’ouvrir sur une arche. Il s’agit là d’un procédé bien souvent utilisé par les peintres des pays-bas dès le XVIè siècle, et qui a par la suite inspiré les peintres français du XVIIIè (sujet que je viens d’étudier en cours d’été à l’Ecole du Louvre.

Cléopâtre - Denis Calvaert Galerie Canesso, Paris

Cléopâtre – Denis Calvaert
Galerie Canesso, Paris

Cléopâtre de Carlo Maratta
On pourra notamment admirer la manière fine avec laquelle sont peints les détails de sa robe.

Cléopâtre, Carlo Maratta, 1693-95 huile sur toile, 162x113cm Museo Palazzio Venezia Provenance : collezione Ruffo di Motta Bagnara (1919)

Cléopâtre, Carlo Maratta, 1693-95
huile sur toile, 162x113cm
Museo Palazzio Venezia
Provenance : collezione Ruffo di Motta Bagnara (1919)

Mona Dol dans « César et Cléopâtre » de George Bernard Shaw, de Thérèse Le Prat
J’aime bien cette expression démoniaque. Ici Cléopâtre ressemble à une sorcière, c’est l’un des seuls portraits « à charge » de l’exposition.

Mona Dol dans "César et Cléopâtre" de George Bernard Shaw Le Prat Thérèse (1895-1966) Charenton-le-Pont, Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine

Mona Dol dans « César et Cléopâtre » de George Bernard Shaw
Le Prat Thérèse (1895-1966)
Charenton-le-Pont, Médiathèque de l’Architecture et du Patrimoine

Informations pratiques :

Du 10 avril au 7 septembre 2014
Pinacothèque de Paris, 8 rue Vignon et 28 place de la Madeleine – Métro Madeleine (lignes 8, 12, 14)
PT : 12,50€ (14€ en ligne) / TR : 10,50€ (12€ en ligne)

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