Aujourd’hui, le monde est mort – Palais de Tokyo

J’ai profité de ma visite au Palais de Tokyo, dont je vous ai déjà parlé ici, pour faire l’exposition d’Hiroshi Sugimoto, « Aujourd’hui, le monde est mort ». C’était un peu la surprise en y allant car je ne savais pas vraiment ce que j’allais exactement y trouver.

En fait, Aujourd’hui, le monde est mort, c’est la mise en scène de 33 fins du monde différentes, racontées par 33 personnages différents, de l’historien de l’art au spécialiste des religions comparées en passant par l’apiculteur.

Cette interview (en anglais) de l’artiste vous éclairera davantage :

Mon avis en résumé :

C’est sympathique, ni plus, ni moins. La mise en scène est soignée et l’on découvre au travers de cette exposition l’extraordinaire collection d’objets de curiosité de Sugimoto qui est selon moi le principal intérêt de cette visite. Les 33 témoignages, poétiques au début sont  un peu rébarbatifs à force.

La muséographie :

C’est rigoureux et inventif. A la fois réalistes et artificielles, les installations ont le charme des décors de théâtre, et les témoignages, écrits à la main et d’une main différente à chaque fois, sont autant de saynettes que l’on aurait aimé voir jouées. On déambule d’un groupe à l’autre, dans un monde de tôles rouillées éclairées par la lumière naturelle uniquement, puisque la fin du monde implique bien sûr que l’on ait plus l’électricité. En bref, tout est pensé pour vous faire plonger dans l’ambiance, plus charmante, au final, que catastrophique.

Les oeuvres :

La collection de Sugimoto est fascinante, on se balade entre des momies et autres animaux empaillés, des boîtes de conserve Campbell’s, des objets (cages, sièges…) qui émettent des sons à notre passage, une superbe statue du XVIIIè siècle d’un Dieu du Tonnerre japonais. Un bric-à-brac qui étonne, amuse, intrigue… Et ces histoires de fin du monde forment un excellent prétexte à la mise-en-scène de tous ces objets.

Après, de mon point de vue, les histoires qu’ils racontent sont à la fois trop courtes et trop nombreuses. 33 fins du monde qui commencent par « Aujourd’hui le monde est mort », cela finit par être lassant, on aurait voulu n’en garder que dix et les explorer plus longuement.

Dernier point : le vilain capitalisme, la maladie, le manque d’humanité, les problèmes de climat… tous les grands maux de notre temps sont passés à la moulinette et tour à tour évoqués comme une raison à cette fin du monde. le traité est naïf et confère au propos un côté « scénario de série B », on a un peu l’impression de lire des pitchs de blockbusters sur Allociné. :( De fait, le décalage entre le fond du sujet et son traitement fonctionne mal parce qu’il est trop mitigé, par moment on ne sait ce qui est volontairement candide et ce qui ne l’est pas.

Mes trois oeuvres préférées :

Le témoignage de l’artiste contemporain :
A l’aide d’une étagère pleine de boîtes de soupe Campbell’s vides, l’artiste nous explique que la côte de l’art a chuté (trop d’artistes, trop d’offres et pas assez de demandes) et que les vraies boîtes de soupes Campbell’s sont devenues plus chères que celles d’Andy Warhol. C’est tellement ironique.

L'artiste contemporain (détail), Hiroshi Sugimoto

L’artiste contemporain (détail), Hiroshi Sugimoto

La love doll :
Pour la référence au fameux « Etant donnés 1°) la chute d’eau 2°) le gaz d’éclairage… » de Duchamp, avec le décor champêtre, le bruit de la fontaine et le bec de gaz. Comme si Sugimoto essayait de trouver sa propre explication à l’énigmatique message laissé par le surréaliste.

Love Doll, Hiroshi Sugimoto

Love Doll, Hiroshi Sugimoto

Mer des Caraïbes, Jamaïque, 2003 :
Cette sublime photo clôt l’exposition pour nous dire qu’après le chaos, on revient au néant. Sa sérénité et son silence contraste joliment avec les tôles rouillées qui l’entourent et la prolixité des protagonistes de ces fins du monde rêvées.

Mer des Caraïbes, Jamaïque, 2003, Hiroshi Sugimoto, courtesy de la Koyanagi Gallery

Mer des Caraïbes, Jamaïque, 2003, Hiroshi Sugimoto, courtesy de la Koyanagi Gallery

Une fois de plus, ma photo est loin de rendre justice à l’original, qui prise de face reflète allègrement et malheureusement les spectateurs qui la regardent.

Informations pratiques :

Jusqu’au 7 septembre 2014
Palais de Tokyo, 16 avenue du Président Wilson, 75116 Paris – Métro Iena ou Marceau (ligne 9)
Prix de l’accès au centre : PT : 10€/ TR : 8€

Jamais la mer ne se retire, Ange Leccia – Palais de Tokyo

Le Palais de Tokyo propose en ce moment sous le nom de « Jamais la mer ne se retire », quatre installations d’Ange Leccia, que l’artiste nomme lui-même « arrangements ». Il s’agit de quatre vidéos où l’on contemple une mer, muette et violente, filmée à la verticale sur un fond noir. On reste hypnotisé par cette harde de chevaux d’écume qui, tels Sisyphe, tentent d’atteindre un sommet qui leur échappe et recommencent à perpétuité. C’est beau, c’est apaisant, on entend presque le bruit des vagues au creux de son oreille. A méditer.

Informations pratiques :
Jusqu’au 7 septembre 2014
Palais de Tokyo, 16 avenue du Président Wilson, 75116 Paris – Métro Iena ou Marceau (ligne 9)
Prix de l’accès au centre : PT : 10€/ TR : 8€