Rome. Les Bas-fonds du Baroque – Petit Palais

• 02/03/2015 • Commentaire (0)

Les Bas-fonds du Baroque, la Rome du vice et de la misère qui se tient depuis peu au Petit Palais faisait vraiment partie des expositions que j’attendais avec impatience cette année.

Le but de l’exposition ? Faire découvrir la Rome de la première partie du XVIIè siècle sous un nouveau jour, pas celui des splendides décors et du faste, mais une Rome naturaliste, triviale et corrompue.

Rome baroque Petit Palais Manfredi bacchus et un buveur

Capture écran du site du Petit Palais – Bacchus et un buveur (détail), Manfredi

Mon avis en résumé

Une belle exposition qui s’appuie sur une impressionnante scénographie, et dont les oeuvres servent un propos presque plus historique qu’artistique. Le parcours, pourtant simple, parvient à traiter la problématique de façon approfondie.

La muséographie

Comme pour l’exposition Jordaens, les décors ont été particulièrement soignés. Le vestibule avec ses grandes tentures rouges et son obélisque offre une mise-en-bouche majestueuse et une fois entrée dans l’exposition, on est tout de suite plongé dans l’ambiance de l’époque avec des murs recouverts de reproductions de la ville et un plan astucieux qui vous indique où chaque peintre résidait.

On saluera le passage des salles sobres avec des murs qui évoquent la simplicité des maisons populaires de l’époque, à des salles riches rappelant le faste des palais, notamment grâce à un jeu de miroirs saisissant. On évoque ainsi implicitement le passage des moeurs viciés de la rue aux murs des plus riches demeures.

Enfin, j’ai eu un gros coup de coeur à la fin de l’exposition pour la « cabine photo baroque » qui permet aux gens de se prendre en photo en habits d’époque. C’est une vraie bonne idée, simple et efficace pour engager le visiteur dans une démarche active.

Les oeuvres

On retrouve dans cette exposition de très belles oeuvres de Manfredi, Valentin de Boulogne, Régnier, Gellée… mais les plus remarquables restent sans conteste pour moi, celles de Simon Vouet.

L’exposition ouvre sur deux belles oeuvres de Manfredi, à défaut j’imagine d’avoir pu présenter au moins un Caravage. Ce dernier, chantre du naturalisme, est en effet cité à maintes reprises lors du parcours et il aurait été intéressant d’introduire le propos avec son travail. Cela dit, on ne boude pas son plaisir devant son disciple qui ouvre l’exposition et la referme également avec une belle oeuvre mélancolique qui retient l’attention.

Scène de taverne avec un joueur de Lutte – Bartolomeo Manfredi

Dans la salle qui évoque le plaisir et les vices, on retrouve une magnifique Joueuse de guitare par Vouet qui nous offre un raccourci de la main virtuose et le portrait d’un Jeune-homme aux figues, du même artiste, exécuté avec une maîtrise saisissante.

Jeune-homme aux figues, Simon Vouet

Jeune-homme aux figues, Simon Vouet

Les artistes du nord n’étaient pas non plus en reste avec notamment un magnifique Concert avec trois musiciens de Gerrit Van Honthorst, dont on admirera le très beau clair-obscur qui vient magnifier le couple chanteur et dont le procédé de la flamme dissimulée sera réutilisé plus tard par Georges de la Tour.

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Concert avec trois musiciens (détail) – Gerrit von Honthorst

Pour aller plus loin

Découvrez la conférence de présentation de l’exposition par ses commissaires dans une vidéo de 53 minutes !

Informations pratiques

Les Bas-fonds du Baroque. La Rome du vice et de la misère.
Jusqu’au 24 mai 2015. Du mardi au dimanche de 10h à 18h.
PT : 11€ / TR : 8€ / Gratuit jusqu’à 17 ans inclus.

Festival Circulation(s) – Le CENTQUATRE

• 27/02/2015 • Commentaire (0)

Je me suis rendue au CENTQUATRE pour le Festival Circulation(s), événement qui me tient tout particulièrement à coeur puisque j’ai eu l’occasion d’y être impliquée professionnellement pour cette 5è édition…

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Circulation(s), c’est le jeune rendez-vous de la photographie européenne, un rendez-vous placé sous le signe de l’accessibilité : les artistes sont choisis uniquement sur la qualité de leur travail et non par accointance (…), le public découvre un regard nouveau sur la photographie, tandis que les enfants ont également leur parcours « Little Circulation(s) » avec des photos et des explications à leur hauteur (tant physiquement qu’intellectuellement). Et, nouveauté cette année sur laquelle j’ai collaboré, le public a pu devenir, à sa façon, curateur et commissaire de l’exposition au travers d’Instagram… Mais avant de vous en dire plus à ce sujet, quelques mots sur Circulation(s) et ses artistes :

L’exposition s’étend sur la quasi-totalité du CENTQUATRE, prenant place au centre de la grande halle et dans les salles attenantes marquées de stickers rose fluo, en sous sol pour la partie réservée aux enfants, et dans le chateau d’eau qui se trouve dans la cour où trône un crâne impressionnant de Niki de Saint-Phalle pour la partie #Circulagram.

La scénographie est soignée, sobre mais inventive, elle respecte le travail de chaque photographe. Ainsi Jenny Rova qui s’est inspirée de sa rupture et de la nouvelle vie de son ex-petit ami est à découvrir assis à une table de chevet. Ainsi, les photos de Clément Huylenbroeck existent sur fond de rideau scintillant qui a le mérite de vous mettre dans l’ambiance. Ainsi, le travail étrange de Jan Maschinksi, entre colorblocks et détails de corps s’élève jusqu’au plafond, conférant à ce trio de seins plus nus que jamais et monumentaux, une forme de déité.

Les artistes proposés sont extrêmement variés. J’aime beaucoup cette hétérogénéité, elle offre un regard riche sur la photographie contemporaine et fait que l’on s’ennuie jamais, la position du spectateur, son approche se renouvelant à chaque série.

Parmi cette très belle sélection, voici quelques artistes dont j’ai particulièrement aimé le travail :

Ulysse & Darcoe, quand le cru se fait tendre… une série qui a tapé dans l’oeil d’Héloïse qui m’accompagnait ce jour-là.

Juliette-Andrea Elie, qui mélange la photo et l’embossage, lui permettant de faire ressortir des formes dans le papier calque, ou Pergamano pour les initiés. C’est tellement poétique.

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Audrey Laurans, qui invente le distributeur d’ancêtre, imaginé à partir d’authentique photos d’époque – une autre forme de poésie, absurde et qui pourtant dit plein de choses sur ce qu’est la société, ses manques, ses comportements…

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Christian Berthelot, le Caravage moderne, qui reprend les codes du maître avec un naturalisme et des clairs-obscurs naturels (si si) à couper le souffle, c’est sublime

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Je pourrais vous parler de plein d’autres artistes que j’ai découverts à cette question, mais je vous laisse le plaisir d’aller les admirer par vous-même…

Quant à mon propre travail auprès de Circulation(s), voici ce qu’il en est :
Je suis responsable de la communication au sein d’une agence nommée We Are Social qui a été sollicitée pour être partenaire du festival. Notre objectif était de réussir à y intégrer les nouvelles pratiques photographiques et c’est à ce titre que nous avons imaginé #Circulagram, le volet participatif du Festival Circulation(s).

Partant du principe que la photographie est devenu un « objet conversationnel » grâce aux médias sociaux, nous avons pensé un dispositif permettant au public de dialoguer avec les artistes exposés dans le festival. En partenariat avec Circulation(s), nous avons sélectionné 8 artistes avec lesquels le public peut converser en leur adressant une photo-réponse sur Instagram accompagnée du hashtag #Circulagram et du hashtag de l’artiste.

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Les contributions du public sont streamées sur le site dédié et sur des tablettes au CentQuatre, dans le chateau d’eau. Sur place, les visiteurs peuvent imprimer les contributions du public et les accrocher aux côtés des oeuvres des artistes pour matérialiser la conversation digitale.

A l’issue de l’exposition, les conversations les plus impactantes seront publiées dans le magazine Fisheye du mois de mai et sur le site de We Are Social.

Festival Circulation(s) au CENTQUATRE jusqu’au 8 mars. Gratuit.

Jeff Koons. La rétrospective – Centre Pompidou

• 03/02/2015 • Commentaire (0)

Je me suis rendue ce weekend à Pompidou pour l’exposition, ou devrais-je plutôt dire la rétrospective Jeff Koons. En ce premier dimanche du mois, l’absence de monde m’a d’ailleurs permis de vérifier ma théorie de l’heure du déjeuner : on ne fait quasiment jamais la queue le weekend quand on arrive au musée entre midi et 13h30. À bon entendeur…

Balloon Dog (Magenta) (Ballon en forme de chien (Magenta), 1994-2000 © Jeff Koons / Pinault collection © Jeff Koons

Balloon Dog (Magenta) (Ballon en forme de chien (Magenta), 1994-2000 © Jeff Koons / Pinault collection © Jeff Koons

Je vous épargne la bande annonce que je trouve relativement médiocre et qui est malheureusement bien en-dessous du niveau de l’exposition en elle-même, d’excellente facture.

Servie par des textes hyper accessibles (à l’image des œuvres présentées), la scénographie est impeccable, minimaliste. On navigue dans cette expo au gré de l’envie, on pénètre les espaces et l’on rencontre les œuvres dans l’ordre que l’on souhaite. Le parcours est aéré, on ressent comme un curieux souffle de liberté qui déteint sur le public : ça parle plus fort que d’habitude, ça téléphone, les selfies fleurissent sans complexe, les enfants s’exclament, s’amusent… En d’autres termes, c’est la cour de récréation et ça sied parfaitement à Koons et son optimisme régressif.

Gonflables de la série Inflatables (avec ma tête en prime dans le miroir).

Gonflables avec miroirs de la série Inflatables (et ma tête en prime dans le miroir).

Quant au travail de l’artiste, il saute à l’œil, ça « pop », on se laisse émerveiller comme des gosses par les œuvres tour à tour gigantesques, curieuses ou provocantes. Quand je dis « provocantes », je parle tant de la série « Made in heaven » qui interpelle par son caractère pornographique, que d’Equilibrium où les ballons de basket « en apesanteur » semblent défier les lois de la physique et « provoquent » l’œil et l’esprit ; tandis que voir un public déambuler pour admirer des aspirateurs figés, placés sous des néons comme chez Darty, constitue en soi également une forme de provocation, fort drôle cela dit… Alors qu’il est venu admirer l’artiste, le visiteur est un peu tourné en ridicule par la situation, c’est impertinent et c’est comme si l’exposition se transformait elle-même en une forme de performance. Intéressant.

Assemblages de la série The New

Assemblages de la série The New

Montage de la série "Equilibrium"

Montage de la série « Equilibrium »

Dans tous les cas, on a plaisir à se laisser berner par Koons, son optimisme est contagieux en ces temps où la candeur et l’insouciance ont vraiment du bon…