Georges de La Tour, Musée des Beaux-Arts, Rennes

• 21/07/2014 • Commentaire (0)

J’avais déjà évoqué l’exposition dossier « Georges de La Tour, 3 nuits pour une renaissance », qui se tenait précédemment au Musée des Beaux-Arts de Nantes et a migré au Musée des Beaux-Arts de Rennes où elle est actuellement ouverte au public jusqu’au 17 août prochain. Les deux établissements ont travaillé de concert pour mettre sur pied ce projet, notamment en réunissant leurs œuvres respectives du peintre lorrain.

Vous aurez ainsi le loisir de (re)découvrir lors de votre visite 4 œuvres de La Tour.

Le Nouveau-né, la « Joconde de la Bretagne » pour citer le catalogue qui fait partie de la collection permanente de Rennes :

Le Nouveau-Né, Georges de La Tour Photo (C) MBA, Rennes, Dist. RMN-Grand Palais / Louis Deschamps

Le Nouveau-Né, Georges de La Tour
Photo (C) MBA, Rennes, Dist. RMN-Grand Palais / Louis Deschamps

Deux autres nuits nantaises, non moins célèbres et non moins excellentes, d’une part Le Reniement de saint Pierre et d’autre part L’apparition de l’ange à saint Joseph.

Le Reniement de saint Pierre, Georges de La Tour Photo (C) RMN-Grand Palais / Gérard Blot

Le Reniement de saint Pierre, Georges de La Tour – Photo (C) RMN-Grand Palais / Gérard Blot

L'Apparition de l'ange à saint Joseph, dit aussi Le Songe de saint Joseph, dit aussi Georges de La Tour Photo (C) RMN-Grand Palais / Gérard Blot

L’Apparition de l’ange à saint Joseph, dit aussi Le Songe de saint Joseph, dit aussi Georges de La Tour
Photo (C) RMN-Grand Palais / Gérard Blot

Une troisième oeuvre nantaise a également rejoint l’exposition ; il s’agit du Vielleur, seule oeuvre diurne de l’exposition, dont le visage du musicien possède les mêmes caractéristiques que celui du Saint Pierre mentionné ci-avant.

Comme il s’agit ici d’une exposition dossier, le format est volontairement court et le nombre réduit d’œuvres présentées s’accompagne de documentations qui contextualisent leur existence et le cadre de leur attribution au peintre. En effet, le propos est ici de suivre la quête collective des historiens de l’art qui ont contribué à la redécouverte de Georges de La Tour, maître éminent du XVIIè siècle pourtant oublié jusqu’au début du XXè siècle.

On apprend en effet au cours de cette exposition que c’est un historien de l’art allemand, Hermann Voss, qui fut l’un des pionniers de cette découverte. L’homme visita les musées de Rennes et de Nantes en 1912 et fit le rapprochement entre les oeuvres jusqu’ici attribuées à des maîtres espagnoles et flamand. Il publia un article sur le sujet en 1915 qui passa relativement inaperçu en temps de guerre et il fallut attendre 1922, pour que l’information soit reprise en France par Louis Demonts, conservateur au Louvre.

Il fallu encore bien des années, de nombreux ouvrages et articles et quelques expositions, pour que l’artiste devienne un succès populaire, après avoir été un succès critique. Cette exposition en forme d’enquête et le catalogue qui l’accompagne forment un ensemble résolument captivant, à voir tant pour les œuvres que pour leur histoire.

Arrivée du St Jude Thaddée de Ribera à Rennes

• 03/03/2014 • Commentaire (0)

Le Musée des Beaux-Arts de Rennes a récemment mis en oeuvre et pour la première fois, une campagne de souscription publique visant à recueillir des fonds pour l’achat d’une oeuvre majeure de Ribera : le St Jude Thaddée. J’ai eu la chance d’assister au vernissage de l’oeuvre et de comprendre l’importance de son acquisition par le musée.

Saint Jude Thaddée – Jusepe de Ribera Huile sur toile. Vers 1607-1608. H.112.2 ; L.88.6 cm

 

Quelques chiffres sur la donation :

Avant de rentrer dans le détail de l’histoire de l’oeuvre, je voulais m’arrêter sur la démographie des donateurs qui est assez intéressante :

  • La répartition homme/femme est quasiment égale : avec 104 donateurs pour 106 donatrices
  • Les donateurs sont âgés de 10 à 92 ans, même si je soupçonne au vu de l’assistance que la moyenne est assez élevée
  • La répartition de donateurs par lieu de résidence nous indique que 66% d’entre eux étaient bretons, dont 43% de Rennais et que l’on compte également 1% de donateurs étrangers
  • Les dons particuliers vont de 5 à 1000€, permettant de recueillir 26K€ sur les 50K€ nécessaires l’achat de l’oeuvre (le reste de la somme étant financé par la Ville de Rennes et autres entreprises)

Au vu du succès de cette première opération, le musée envisage d’ailleurs de renouveler l’opération pour des oeuvres un peu plus récentes cette fois-ci, dont une du Nabi Maurice Denis si ma mémoire est bonne.

Pourquoi une telle acquisition ?

Le Musée des Beaux-Arts de Rennes dispose d’une magnifique collection de peintures du 17ème, présentant un bel ensemble de peintres majeurs de la période, surtout français (à l’exception de Simon Vouet, malgré un sublime St Eustache actuellement en dépôt et appartenant aux Beaux-Arts de Nantes).

Le joyau de cette collection est bien entendu le merveilleux Nouveau Né de Georges de La Tour qui prend place dans une salle consacrée aux peintres caravagesques. Cette salle comptait jusqu’ici des émules du peintre italien des principaux foyers artistiques européens, sauf de l’Espagne. Les oeuvres accrochées représentant notamment Evangelistes et Saints, le St Jude Thaddée de Ribera, peintre espagnole majeur, d’ailleurs surnommé Lo Spagnoletto, était tout désigné pour venir compléter cet ensemble.

En quoi Ribera est-il un peintre majeur ?

Accrochez-vous, c’est toute une histoire que je vais tenter de vous restituer du mieux possible…

Le temps a fait parvenir jusqu’à nous les œuvres d’un artiste non identifié et baptisé « Maître du jugement de Salomon », du nom de son œuvre la plus marquante.

Le jugement du Roi Salomon – Galerie Borghese, Rome

Le maître avait été identifié comme un cavaragesque tardif, notamment au travers de quelques toiles appartenant à un apostolado, terme qui désigne un ensemble de treize portraits représentant le Christ et les douze apôtres. Plus tard, ces quelques toiles purent être attribuées à Lo Spagnoletto après la restauration d’une peinture du même maître au Musée des Beaux-Arts de Starsbourg, qui laissa apparaître la signature de Ribera.

Saint Pierre et Saint Paul – Ribera – Musée des Beaux-Arts de Strasbourg

Le corpus du Maître du Roi Salomon fut donc attribué à Ribera et l’importance de l’artiste fut réévaluée : la littérature du XVIIè siècle mentionnait en effet des œuvres de jeunesse de Ribera, restées introuvables mais peintes avec une telle vitesse et une telle efficacité qu’elles avaient permis au jeune peintre d’acquérir une renommée certaine. Ainsi, le collège d’oeuvres retrouvées, au lieu de s’inscrire dans une veine caravagesque tardive, fut en réalité peint du vivant du Caravage et l’on a ainsi redécouvert Ribera comme l’un des précurseurs du Caravagisme européen, un peintre donc beaucoup novateur qu’il n’y paraît.

Nouveau chapitre dans l’histoire de Ribera, il y a environ un an, trois toiles représentant des apôtres sont réapparues sur le marché ; elles furent aussitôt reconnues comme appartenant à l’apostolado du Maître du Roi Salomon, autrement dit Ribera. C’est à ce moment que la toile fut signalée par le Musée du Louvre au Musée des Beaux-Arts de Rennes qui lança sa souscription publique. On mesure, en effet, au travers de cette savoureuse tranche d’histoire de l’art l’importance pour le Musée de Rennes de compléter sa collection d’oeuvres caravagesques avec celle d’un tel maître.

20 expositions à faire à Paris et ailleurs

En ce début d’année, je ne résiste pas à partager avec vous mon « Top 20″ également ! Cette liste est bien entendu tout à fait subjective puisqu’elle prend principalement en compte mes goûts (la peinture notamment), mais j’ai aussi voulu y inclure des expos qui ont lieu en région ou des lieux moins fréquentés du grand public, ainsi que des expos qui racontent des histoires, du passé, de la société… des histoires qu’on n’apprend plus forcément à l’école, à l’heure où l’éducation et l’information sont plus que jamais synonymes de liberté.

1. Les impressionnistes en privé, Musée Monet Marmottan, Paris

Monet, Manet, Corot, Boudin, Morisot, Caillebotte, Sisley, Renoir, Pissarro… Le gratin de l’impressionnisme et une centaine d’œuvres issues de collections privées et pour la plupart jamais exposées. Tout est dit.
Du 13/02 au 6/07/2014.

2. Georges de La Tour. Trois nuits pour une renaissance, Musée des Beaux-Arts de Nantes et de Rennes

3 œuvres de Georges de La Tour exposées ensemble, qui nous racontent comment cet artiste longtemps oublié est revenu sur le devant de la scène au XXème siècle.
Depuis le 6/12/2013 à Nantes, jusqu’au 8/02/2014, puis du 18/04 au 17/08/2014 à Rennes.

3. Vincent van Gogh / Antonin Artaud. Le suicidé de la société, Musée d’Orsay, Paris

Le pitch m’a séduite d’emblée : le regarde d’Antonin Artaud sur les oeuvres du maître, qui tend à prouver que ce que nous prenions pour de la folie n’est en fait qu’une vision plus éclairée du monde que la nôtre. Quel programme !
Du 11/03 au 6/07/2014.

4. Moi, Auguste, Empereur de Rome, Grand Palais, Paris

J’ai une assez forte appétence pour l’histoire antique, ça sera donc un passage obligé pour moi ! J’aime par ailleurs l’idée de cette exposition transversale qui nous restituera la société de l’époque tant par la sculpture que l’architecture ou les arts décoratifs. Et un petit plus : un compte Twitter de l’Empereur Auguste en personne qui m’a l’air bien parti pour être drôle, vivement qu’il devienne plus prolixe.
Du 19/04 au 13/07/2014.

5. De Watteau à Fragonard, les Fêtes Galantes, Musée Jacquemart-André, Paris

Antoine Watteau – Fête galante avec joueur de guitare et sculpture d’enfants jouant avec une chèvre (vers 1717-1719) – Berlin, Staatliche Museen zu Berlin, Gemäldegalerie © BPK, Berlin, Dist. RMN-Grand Palais / Jörg P. Anders

Deux grands noms de la peinture du XVIIIè siècle que j’ai encore eu trop peu l’occasion d’admirer et un musée magnifique dans lequel j’aime à me rendre, ne serait-ce que pour passer à côté du jardin d’hiver et monter l’escalier qui vous emmène à l’étage.
Du 14/03 au 21/07/2014.

6. Star Wars Identities, Cité du Cinéma, Saint-Denis

On change de style et on bascule du côté du geek de la force avec un événement autour la saga la plus populaire au monde, doublé d’une quête digitale qui nous offre la possibilité de découvrir qui est notre personnage Star Wars. Pour être tout à fait honnête, j’ai failli enlever cette exposition de mon top, quand j’ai réalisé le prix honteusement élevé du billet d’entrée : 22€ mais malgré tout je ne peux m’empêcher de saluer l’initiative d’un prolongement digital et sans doute expérientiel, affaire à suivre…
Du 15/02 au 30/06/2014.

7. Le siècle d’or de la peinture danoise. Une collection française, Musée d’art moderne André Malraux, Le Havre

Portrait d’un jeune pêcheur portant une casquette, Anton Laurids Johannes Dorph. Collection particulière. Photo : A. Leprince.

Je n’ai jamais eu l’occasion de me confronter à la peinture danoise, alors de là à savoir qu’il y eut même un siècle d’or… Une bonne occasion de réparer le mal et de s’offrir un week-end sur les côtes normandes.
Du 8/02 au 4/05/2014.

8. Papier Glacé, Palais Galliera, Paris

Constantin Joffé, Vogue américain, septembre 1945. © 1945 Condé Nast

Un siècle de photographie de mode chez Condé Nast, éditeur des magazines Vogue, Vanity Fair, Glamour ou W. Un alléchant voyage dans le temps pour redécouvrir la mode au XXè siècle ou l’un des indicateurs les plus sensibles aux transformations de notre société.
Du 1/03 au 25/05/2014.

9. Robert Mapplethorpe, Grand Palais, Paris

Des portraits en noir et blanc qui semblent de toute beauté et que l’on a envie d’admirer de près…
Du 26/03 au 13/07.

10. Le ciel est par-dessous le toit, dessins pour les plafonds parisiens du Grand Siècle, Musée du Louvre, Paris

Anonyme, projet de plafond avec quadratures, Musée du Louvre. © RMN-Grand Palais (Musée du Louvre) S. Maréchalle

Anonyme, projet de plafond avec quadratures, Musée du Louvre. © RMN-Grand Palais (Musée du Louvre) S. Maréchalle

Des grands décors du Grand Siècle au travers de dessins qui évoquent notamment le malheureux hôtel Lambert, victime d’un incendie en juillet dernier.
Du 20/02 au 19/05/2014.

11. Phares, Centre Pompidou-Metz

Pablo Picasso,
Rideau de scène pour le ballet Mercure, © Succession Picasso, Paris 2013 © Centre Pompidou, MNAM-CCI / Jean-François Tomasian/ Dist.RMN-GP

Voilà bien une exposition qui fait plaisir : pédagogique, elle retrace l’histoire artistique du XXè siècle, permettant de saisir les mouvements et artistes essentiels, de Picasso à Kapoor, notamment au travers d’œuvres monumentales rarement exposées en raison de leur taille.
A partir du 14/02/2014 et jusqu’en 2016.

12. Mehdi Meddaci, Nous nous sommes levés, Centre Photographique d’Ile de France

Murs, 2011 // Mehdi Meddaci. Courtesy de l’artiste et la galerie Odile Ouizeman, Paris

Une exposition photo, ciné et vidéo dont l’ambiance poétique me charme. Une sorte de quête de soi qui parle de souvenirs d’enfance, de construire une histoire entre les deux rives de la méditerranée. On aborde les questions de l’exil, des identités culturelles, de l’Histoire et de ses moments oubliés.
Du 2/02 au 6/04/2014.

13. François-André Vincent (1746-1816), Musée Fabre, Montpellier

Je suis souvent frustrée que le musée Fabre soit à Montpellier, tant ses expositions me plaisent. Cette année, le musée vous propose de découvrir François-André Vincent, peintre du XVIIIè et du XIXè, éclipsé par le talent de Jacques-Louis David et confondu avec Fragonard. Une exposition créée en collaboration avec le Musée des Beaux-Arts de Tours.
Jusqu’au 19/01 à Tours et du 8/02 au 11/05/2014 à Montpellier.

14. Augustin Rebetez, Centre Culturel Suisse, Paris

© Augustin Rebetez

Je ne connais pas l’artiste, pourtant déjà récompensé pour ses photographies, mais j’aime son trait et ce concept de « minuscule exposition » multi-formats m’intrigue assez.
Du 28/02 au 30/03/14.

15. Ponte City. Mikhael Subotzky & Patrick Waterhouse, le BAL, Paris

© Mikhael Subotzky and Patrick Waterhouse, Ponte City

Ponte City, le building symbole de Johannesburg mis en scène et photographié de l’apartheid à nos jours. Quelques pages d’histoire à relire et à faire lire…
Du 23/01 au 20/04/2014.

16. David Lynch, Maison Européenne de la Photographie, Paris

David Lynch par Richard Dumas

Quand Lynch nous raconte des histoires en photo et en noir & blanc, ça ne peut être que bien…
Du 15/01 au 16/03/2014.

17. Clémenceau, le Tigre et l’Asie, Musée Guimet, Paris

J’ai eu la chance de recevoir à Noël, le beau livre « L’histoire de France vue par les peintres » dans la préface duquel on apprend que Georges Clémenceau est sorti des programmes scolaires, au même titre que Clovis, François Ier et le débarquement de 1944 d’ailleurs…
Au-delà de ce constat, j’aime l’idée de découvrir l’Extrême-Orient du début du siècle par les yeux d’un tel personnage. (visuel non disponible)
Du 12/03 au 16/06/2014.

18. Till We Drop. Une exposition du créateur Jean-Paul Lespagnard, la Galerie des Galeries, Paris

© Jean-Paul Lespagnard

J’ai découvert la galerie des galeries, il y a peu et j’ai plutôt bien aimé cet espace, même s’il faut jouer des coudes dans les Galeries Lafayette pour y accéder. En ce qui concerne l’exposition en elle-même, j’avoue ne pas être une férue de mode, mais j’aime l’idée d’explorer le processus créatif d’un designer, surtout s’il nous propose « Un univers euphorique, fait de transgression et de liberté ».
Du 29/01 au 5/04/2014.

19. L’appartement Témoin, Le Mouffetard – Théâtre des arts de la marionnette, Paris

Appartement témoin 2011 from TURAK THEATRE on Vimeo.

Découvrez l’intérieur d’une maison turakienne, un pays semble-t-il étrange, mystérieux et résolument farfelu. Cette installation a l’air totalement loufoque, mais j’aime l’idée qu’il s’agisse là d’une mise en contexte du travail d’une troupe de théâtre, cela tient généralement plus de l’expérience que de l’exposition.
DU 16/02 au 12/03/2014.

20. Paparazzi ! Photographes, stars et artistes, Centre Pompidou-Metz

Cindy Sherman, Untitled Film Still, 1980 – Courtesy of the artist and Metro Pictures

Bon, j’ai mis cette exposition en dernier car je ne suis pas totalement à l’aise avec le fait de célébrer les Paparazzi et dans un même temps, je suis intriguée par l’idée de cette exposition qui cherche à extraire de ce phénomène qui traverse notre société depuis 50 ans une esthétique photographique.
Du 26/02 au 9/06/2014.

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