Beauté Congo – Fondation Cartier pour l’art contemporain

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Si vous est coincé à Paris cet été, l’exposition Beauté Congo – 1926-2015 – Congo Kitoko reste un bon moyen de s’offrir un moment de dépaysement. La Fondation Cartier présente en effet en ce moment au sein de cette exposition près de 90 ans d’art moderne et contemporain au Congo.

Affiche de l'exposition Beauté Congo, 1926-2015, Congo Kitoko

Affiche de l’exposition Beauté Congo, 1926-2015, Congo Kitoko

L’exposition a été pensée de façon anti-chronologique, on part à la découverte des peintres populaires congolais et de la jeune génération, et l’on remonte le temps jusqu’aux prémices de la peinture moderne congolaise. Si l’approche parait peu conventionnelle, elle n’en est pas loin maligne : au lieu de débuter le propos par une peinture plus proche des arts traditionnels locaux, on commence par captiver le visiteur avec une peinture d’inspiration plus européenne, vivante, colorée, mais qui, sous sa candeur, aborde bien des thèmes sérieux, souvent liés à la politique du pays.

Kalamata, grand chef d'Urua sur fond d'aquarelle de Dardenne, Sammy Baloji, série Congo Far West: Retracing Charles Lemaire's Expedition, 2011

Kalamata, grand chef d’Urua sur fond d’aquarelle de Dardenne, Sammy Baloji, série Congo Far West: Retracing Charles Lemaire’s Expedition, 2011

Little Kadogo: I'm for peace, that's why I like weapons, Chérie Samba

Little Kadogo: I’m for peace, that’s why I like weapons, Chérie Samba

C’est sans compter sur les effluves mélodiques qui vous enveloppent dès votre arrivée et créent une atmosphère propice à la découverte de la culture congolaise. J’ai adoré ces petits ilots très graphiques surmontés d’un toit en matériau isolant, ils permettent d’écouter différents morceaux qui viennent accompagner les oeuvres sans gêner le reste du parcours.

Au sous-sol, les genres et les époques se mélangent encore davantage, on retrouve les assemblages futuristes de Bodys Isek Kingelez des années 2000, qui contrastent avec les beaux portraits en noir et blanc des habitants de Kinshasa par Jean Deparra dans les années 50-70.

Maquette de Bodyz Isek Kingelez

Maquette de Bodyz Isek Kingelez

En face, les peintures de Moke fascinent. J’aime la sincérité et la technique, avec ces perspectives écrasées qui provoquent l’oeil : les formes s’accumulent miraculeusement, sans jamais se toucher.

Kin Oyé, Moke, 1983

Kin Oyé, Moke, 1983

Plus loin, on découvre les photos d’Ambroise Ngaimoko du studio 3Z. Je crois que je fus autant charmée par les photos que leurs légendes désuètes.

"Mannequins exposant nouveau mode de pantalon dénommé "Pattes d'Eléphant" 1973-1974",  Ambroise Ngaimoko, Studio 3z

« Mannequins exposant le nouveau mode de pantalon dénommé « Pattes d’Eléphant » 1973-1974″, Ambroise Ngaimoko, Studio 3z

L’exposition se clôt sur un art plus traditionnel, hérité de l’art indigène. Parmi eux, j’ai surtout retenu le beau travail de Mode Muntu, la fascinante technique de Bela.

Kalala Ilunga, le fondateur du royaume Luba, Mode Muntu

Sans titre, 1950, Bela

Détail, Sans titre, 1950, Bela

A noter également le sublime travail de Mwenze Kibwanga, qui, dans un magnifique cadre, renouvelle de façon surprenante l’iconographie christique que nous avons tous en tête.

Mwenze Kibwanga (1925 – 1999)

Informations pratiques :
Beauté Congo, 1926-2015, Congo Kitoko
Jusqu’au 15 novembre 2015, du mardi au dimanche de 11h à 20h, le mardi jusqu’à 22h
Fondation Cartier pour l’art contemporain, métros Raspail ou Denfert-Rochereau (lignes 4 et 6)

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