Jeff Koons. La rétrospective – Centre Pompidou

• 03/02/2015 • Commentaire (0)

Je me suis rendue ce weekend à Pompidou pour l’exposition, ou devrais-je plutôt dire la rétrospective Jeff Koons. En ce premier dimanche du mois, l’absence de monde m’a d’ailleurs permis de vérifier ma théorie de l’heure du déjeuner : on ne fait quasiment jamais la queue le weekend quand on arrive au musée entre midi et 13h30. À bon entendeur…

Balloon Dog (Magenta) (Ballon en forme de chien (Magenta), 1994-2000 © Jeff Koons / Pinault collection © Jeff Koons

Balloon Dog (Magenta) (Ballon en forme de chien (Magenta), 1994-2000 © Jeff Koons / Pinault collection © Jeff Koons

Je vous épargne la bande annonce que je trouve relativement médiocre et qui est malheureusement bien en-dessous du niveau de l’exposition en elle-même, d’excellente facture.

Servie par des textes hyper accessibles (à l’image des œuvres présentées), la scénographie est impeccable, minimaliste. On navigue dans cette expo au gré de l’envie, on pénètre les espaces et l’on rencontre les œuvres dans l’ordre que l’on souhaite. Le parcours est aéré, on ressent comme un curieux souffle de liberté qui déteint sur le public : ça parle plus fort que d’habitude, ça téléphone, les selfies fleurissent sans complexe, les enfants s’exclament, s’amusent… En d’autres termes, c’est la cour de récréation et ça sied parfaitement à Koons et son optimisme régressif.

Gonflables de la série Inflatables (avec ma tête en prime dans le miroir).

Gonflables avec miroirs de la série Inflatables (et ma tête en prime dans le miroir).

Quant au travail de l’artiste, il saute à l’œil, ça « pop », on se laisse émerveiller comme des gosses par les œuvres tour à tour gigantesques, curieuses ou provocantes. Quand je dis « provocantes », je parle tant de la série « Made in heaven » qui interpelle par son caractère pornographique, que d’Equilibrium où les ballons de basket « en apesanteur » semblent défier les lois de la physique et « provoquent » l’œil et l’esprit ; tandis que voir un public déambuler pour admirer des aspirateurs figés, placés sous des néons comme chez Darty, constitue en soi également une forme de provocation, fort drôle cela dit… Alors qu’il est venu admirer l’artiste, le visiteur est un peu tourné en ridicule par la situation, c’est impertinent et c’est comme si l’exposition se transformait elle-même en une forme de performance. Intéressant.

Assemblages de la série The New

Assemblages de la série The New

Montage de la série "Equilibrium"

Montage de la série « Equilibrium »

Dans tous les cas, on a plaisir à se laisser berner par Koons, son optimisme est contagieux en ces temps où la candeur et l’insouciance ont vraiment du bon…

Duchamp, les Borgia, Shakespeare et la National Gallery

Bien occupée ces derniers temps, j’ai procrastiné à qui mieux mieux et négligé de vous rapporter mes derniers divertissements artistiques et culturels. Je remets donc le pied à l’étrier avec ce blog post, sous forme de liste, certes, mais qui me donnera au moins le sentiment d’être à jour dans ce que je comptais partager ici…

Au programme : deux expositions, un documentaire et une pièce de théâtre

Les deux expositions :


Duchamp, la peinture même – Centre Pompidou
Le Centre propose jusqu’au 5 janvier 2015, une exposition qui retrace les origines de l’oeuvre de Duchamp et l’influence de la peinture sur son travail. Pas de pissotière à l’horizon, vous pouvez y aller allégé de la peur de l’expo tarte à la crème. Au contraire même, j’ai aimé cette proposition à la scénographie agréable, claire et bien découpée. On y découvre comment l’artiste s’est inspiré de son entourage et son temps et approprié de façon si aboutie tout ce qu’il entourait pour produire un travail à nul autre pareil. On sent le génie poindre dans son interprétation du cubisme, sans le talent de Picasso mais avec une personnalité remarquable, et l’on s’émerveille devant le Grand Verre diablement énigmatique et si bien mis en scène. J’ai également adoré la maquette si minutieuse de Étant donnés : 1°) la chute d’eau 2°) le gaz d’éclairage…, probablement son oeuvre qui me fascine le plus.

L'iconoclaste LHOOQ - © Collection particulière © succession Marcel Duchamp / ADAGP, Paris 2014

L’iconoclaste LHOOQ (détail) – © Collection particulière © succession Marcel Duchamp / ADAGP, Paris 2014

Les Borgia et leur temps – Musée Maillol
J’avais beaucoup attendu cette exposition… un peu trop peut-être, car j’en fus bien déçue. On parle un peu des Borgia, un peu de leur temps, mais bien ni de l’un, ni de l’autre, l’exposition est trop courte pour être approfondie et les oeuvres manquent pour raconter en fil rouge l’histoire de cette famille qui ici a plus l’air d’un prétexte sexy pour faire venir le public… On retiendra tout de même quelques oeuvres remarquables : le saisissant St Jérôme de Verrochio, le sublime Enfant Jésus « aux mains » de Pinturicchio, le beau portrait dit de Cesare Borgia par Melone, et la belle Pièta possiblement de la main de Michel-Ange. Et pour être tout à fait honnête, même si ça ne vaut clairement pas les oeuvres évoquées juste avant, j’ai fait un peu ma midinette devant les costumes de la série de Canal+ présentés dans la dernière salle en imaginant le beau Mark Ryder dedans. ;) Jusqu’au 15 février 2015.

Bernardino di Betto, dit Pinturicchio, L'enfant Jésus « aux mains», 1492-1493, Pérouse, Fondazione Gugliemo Giordano © Fondazione Guglielmo Giordano.

Bernardino di Betto, dit Pinturicchio, L’enfant Jésus « aux mains», 1492-1493, Pérouse, Fondazione Gugliemo Giordano © Fondazione Guglielmo Giordano.


Le documentaire :


National Gallery, de Frederick Wiseman
J’ai mis le temps, certes, mais j’ai enfin fini par voir National Gallery. J’y suis allée non sans appréhension puisque le documentaire dure quand même près de 3h et cette crainte n’est pas allée en s’amenuisant devant la salle de ciné pleine de cheveux blancs et de calvities… Au final, un documentaire captivant, qui a l’intelligence de laisser parler les tableaux, les experts, les mimiques des visiteurs, sans céder à la facilité du commentaire en voix off. Tout est dans le montage et dans la beauté du propos tel quel. On est passionné par tant de passion du début à la fin, envieux presque. Je suis allée voir ce documentaire au Louxor, mais il ne semble plus y être programmé, je ne peux donc que vous conseiller le Studio 28, dans le 18è, pour l’y découvrir.

National Gallery - © Kool

National Gallery – © Kool


La pièce de théâtre :


Tout est bien qui finit bien, de William Shakespeare
Pas franchement la pièce la plus connue de Shakespeare, Tout est bien qui finit bien offrait pourtant un divertissement des plus agréables, dans le cadre pierreux et on ne peut plus approprié du théâtre de Nesle. J’ai ri, je fus émue et je me suis plongée sans problème dans un texte pourtant pas facile au premier abord, grâce au jeu enthousiaste des comédiens. Mis en scène par Eudes Drivet. Avec Alan Bryden, Guy Calice, Roxanne Joucaviel, Wilmos Kovacs… Prochaine visite au théâtre pour le Tartuffe à la Comédie Française, et il paraît qu’on rit aussi beaucoup au théâtre Ranelagh où joue en ce moment « Cinq de Coeur ».

Le fantastique Michel Vuillermoz en Tartuffe, mis en scène par Galin Stoev à la Comédie Française

Le fantastique Michel Vuillermoz en Tartuffe, mis en scène par Galin Stoev à la Comédie Française

Voilà. En attendant le prochain post, je copierai 100 fois « je ne remettrai pas à demain le post que je peux écrire le jour même » et je reviens vite pour vous parler d’une artiste que j’aime beaucoup et que j’ai récemment rencontrée.

Martial Raysse – Centre Pompidou

• 02/09/2014 • Commentaire (0)

J’ai profité des derniers jours du mois d’août pour faire les expositions de l’été qui manquaient à mon tableau de chasse, avant l’officielle rentrée de septembre et les tout aussi officielles grandes expositions qui l’accompagnent. C’est ainsi que je me suis rendue à Pompidou pour la rétrospective Martial Raysse dont les affiches chatoyantes me faisaient de l’oeil depuis un bout de temps dans le métro.

affiche exposition-martial-raysse-centre-pompidou-paris critique facile

Mon avis en résumé :

Des oeuvres très intéressantes, plus ou moins accessibles, malheureusement desservies par le mutisme de la scénographie et par l’absence de rythme qui en découle.

La muséographie :

Beaucoup d’oeuvres, agréablement agencées. On est formidablement accueillis par America, america, dont les doigts qui claquent semblent inaugurer le début d’un spectacle, on est ravis de pénétrer dans un univers pop, où les figures de femmes mystérieuses et grand format qui se succèdent vous donnent l’impression d’être dans un générique de James Bond.

Et puis, peu à peu, l’intérêt se dissipe : Mis à part quelques cartels un peu généreux, l’exposition reste désespérément muette. Pas de section, aucun panneau, aucun texte, alors que le travail de l’artiste devient par moment assez ésotérique. Ok, il y a un dépliant à l’entrée, mais c’est carrément léger, et ce, dans tous les sens du terme.

Au final, on manque de billes pour comprendre et de rythme pour rester captivé, même la chroniqueuse arts des Echos en patauge dans un commentaire confus, et a priori le livre d’or n’est pas en reste… Je ne vois pas où est l’intérêt de faire découvrir un artiste sans vouloir l’expliquer, n’est-ce pas le rôle d’un musée que de favoriser l’accessibilité ?

Les oeuvres :

Malgré tout ça, il y a quand même des choses qui m’ont plu dans cette exposition. Les oeuvres pop-art de l’artiste sont drôles, légères, inutiles mais distrayantes. La Raysse beach est géniale et j’ai bien aimé ces mouches collées par endroit qui gênent le regard, mais qui crée chez le spectateur une envie de réagir, de chasser d’un geste l’intruse sur l’image. Se succèdent ensuite des créations de natures différentes, il y a un côté « cabinet de curiosités » avec, comme je l’ai dit des oeuvres plus ou moins accessibles ; certaines sculptures n’en restent pas moins intéressantes, les portraits assez frappants et l’on retiendra l’habileté et la précision avec laquelle Raysse peint les feuillages (comme dans La Source, par exemple). Pour le reste, je vous laisse vous faire une opinion, ayant renoncé à m’en faire une de choses que je n’ai pas toujours comprises.

Mes 3 oeuvres préférées :

La « Raysse beach »
Du sable, un jukebox, des pin-ups… Ca fonctionne tout seul !

Raysse beach, Martial Raysse

Raysse beach, Martial Raysse

Identity, now you’re a work by Martial Raysse
Une caméra qui vous filme, un écran qui restitue le film… le tour est joué, vous êtes une oeuvre d’art signée de l’artiste !

Identity, Now you are a work by Martial Raysse, Martial Raysse

Identity, Now you are a work by Martial Raysse, Martial Raysse

Un beau merle
Un portrait séduisant qui porte fort bien son nom, on se demande ce qui se cache derrière cette moue charmeuse.

Un beau merle, Martial Raysse

Un beau merle, Martial Raysse

Informations pratiques :

Jusqu’au 22 septembre
Centre Pompidou, Place Georges-Pompidou, 4è arrondissement – Métros/RER : Rambuteau, Châtelet-Les Halles, Châtelet
PT : 13€ / TR : 10€